Alien Convenable

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S’il y a bien une saga qui brille par sa variété apparente et sa constante qualitative, c’est bien Alien (et Mission: Impossible). Dans le panthéon du film d’horreur mâtiné de science-fiction (ou vice-versa), Alien Le Huitième Passager et Alien³ s’assoient aux côtés de The Thing et La Mouche. C’est dire à quel point je vénère cette saga et que parmi ces films, seul La Mouche n’a pas encore été remis au goût du jour ces derniers temps (je croise les doigts). Même le mal-aimé Prometheus était un excellent préquel: frustrant parce que les questions que l’on se posait ne sont résolues qu’à moitié, mais nettement emballant pour qu’on veuille encore une suite. L’équilibre parfait entre opportunisme commercial et d’ouvertures scénaristiques et donc mythologiques. C’est donc le plus normalement du monde que je sois aussi excité à l’idée d’un nouvel épisode puisque c’est tout un bestiaire sexuel, sanglant, primitif et terriblement hypnotique qui se cache derrière Alien. Autant l’annoncer, j’ai aimé Alien Covenant. Même si…

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La scène d’introduction entre Weyland et David est d’un humour grinçant, si bien que l’humain, agacé, vient remettre à sa place l’androïde en lui demandant de servir le thé. Passé le petit générique fan-service avec les célèbres barres qui font apparaître le titre, le scénario est, comment dire, un poil débile à l’image des personnages. Censés être des scientifiques plus doués que la moyenne, ils sont réduits à être des ersatz d’adolescents stupides qui écument les slashers les plus moyens. Un casque pour explorer la planète aurait évité au film ces critiques inutiles mais aurait démarré lé film de manière plus lente et moins directe. Bref, parti-pris de l’action. Ce qui me dérange le plus, c’est le fait d’avoir fait survivre le Dr Shaw à la fin de Prometheus et de l’expédier de manière aussi malpropre dans Covenant. Oui, il y a eu les vidéos de flash-backs sur Youtube et sûrement dans les versions Director’s Cut qui sortiront plus tard. Mais occulter cette héroïne et son charisme est indigne d’une saga aussi féministe. Le reste des subtilités du scénario sont inégales mais l’emploi de références aussi racées comme Wagner remontent considérablement le niveau. Au risque d’ennuyer, je passerai sur la symbolique sexuelle de la créature pour en arriver à ce que nous voulons tous voir: comment elle va trucider, démembrer, inséminer mais surtout quelles mises à jour OTA elle a opéré pour en arriver à ce résultat final. Ce fut la promesse de Prometheus, tenue à moitié dans Covenant. On en sait un peu plus sur les origines de la créature mais tout cela reste assez léger pour réellement émerveiller. A moins qu’on en ait laissé un peu sous le champignon pour les prochains opus.

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Dans sa plastique, Alien Covenant est d’une beauté à couper le souffle (et nos membres, et ceux de l’équipage). Du très haut de gamme qui enterre allègrement la concurrence. La créature n’a jamais été aussi belle et aussi terrifiante, sans doute parce que nous voyons chacun des stades de son évolution. Toute la production design dans son ensemble est dans la lignée du déjà magnifique Prometheus avec une mention spéciale à la planète des Ingénieurs, mélange de Rome antique et d’Asgard, les couleurs flashy en moins. A défaut d’être impeccable dans le fond, Covenant n’est jamais une arnaque dans sa forme. Le seul bémol sera que ce film vieillira mal puisque l’alien n’est fait que de CGI. Allez voir The Thing pour voir comment ça n’a pris une seule ride. Et quand le film commence à tourner en rond quand on approche la fin, le petit tour de passe-passe entre androïdes est un cliffhanger bienvenu.

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Petite conclusion un peu épineuse: avec la tendance actuelle où tout est prétexte au recyclage, a fortiori dans l’art, je trouve cela un peu maladroit d’aller parler d’obsession de la création dans un film qui recycle une saga et ce qui fait son succès. Parce que oui, un des thèmes forts qui traversent Covenant est la capacité de création: colonies qui vont aller créer la vie ailleurs, David et ses lubies, la musique avec la flûte et la question de l’art au début puis plus tard avec Shelley et son poème Ozymandias. Un thème qui obsède autant David que Ridley Scott quand on voit ses films qui traitent de la création dans le confinement dans un espace, une situation, un destin tracé. Le statut de ses films même en dit beaucoup: un mélange de blockbuster balisé mais avec une patte d’auteur plus profonde et donc plus libre. Je le redis: un Ridley Scott moyen ou convenable reste toujours un excellent film. Mon plus grand regret sera que « grâce » aux critiques négatives que ce film a eues, les studios vont recadrer la saga pour en faire quelque chose de plus léger et de plus direct (un peu comme l’était le crétin mais fun Aliens de James Cameron).

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Dans Hollywood, personne ne vous entend créer. 

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Putain cherche butin

 

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© Nighthawks, Edward Hopper

Abeille butine de fleur en fleur. Elle tombe parfois sur des spécimen malodorants dont le pollen n’est qu’un substitut acre de cette substance noble. Postée sur les bords puants d’ammoniaque de Belle-Loi, elle fait les 100 pas et les 5 passes qui rythmeront sa nuit. Elle envie presque ses consœurs qui peuvent se permettre de jeter leurs filets dans les eaux poissonneuses, qui ne font pas remonter les thons en mal de compagnie express, adeptes du marchandage.

Ces eaux poissonneuses qui sont les bars huppés où les filles ne doivent pas se lever pendant des heures pour lever les saumons. Où les proies ne sont pas ces adolescents à dépuceler, ces jeunes hommes qui viennent enterrer leur vie de garçon. Et surtout pas ces maris pauvres et frustrés venus punir la migraine ou les menstruations de leurs femmes en plantant d’autres graines ou se mesurant à d’autres mensurations. Ou ces voyageurs désireux de mettre le grain de folie qui pimentera leur passage dans cette ville des mille vices.

Abeille rêve pourtant. D’un chevalier blanc. Qui la chevauchera d’abord avant de la faire chevaucher avec lui vers des contrées lointaines où elle n’aura plus besoin de s’inventer un prénom en -A la nuit. Où elle fuira la misère à l’odeur et goût de spermes mélangés, de peur permanente qu’on la reconnaisse sur son petit lopin de trottoir, de douches froides au petit matin. Mais Abeille est patiente, elle trouvera bien ce prince, pas besoin qu’il soit charmant, qu’il soit juste blanc. Ce prince qui fera d’elle une reine ailleurs. Pour créer sa propre ruche où elle fera travailler d’autres abeilles. 

BUS: Bouiboui Über Sale

Les transports en commun sont un des thermomètres les plus efficaces pour ausculter en surface la société tananarivienne. Et accessoirement, pour sentir de quelles odeurs sont faites, non je m’exprime mal, de quel bois se chauffent les aisselles, la bouche, les pieds aussi ainsi que les… où met-on aussi un thermomètre déjà ?

Dans cette ville, Mercedes-Benz jouit du plus large spectre de notoriété : la marque allemande motorise aussi bien les pantins nantis des plus hautes sphères que les pantoises sardines dans les bus qui les voient passer sirènes hurlantes et escortes blindées. Nous avons déjà roulé au moins une fois en Mercedes ici. La seule différence est ce qu’on y voit, entend et sent. Les inscriptions d’abord, qu’aucun n’a jamais respecté mais que chacun a lu consciencieusement quand l’ennui pointe: interdit de parler au conducteur, de cracher par terre, de sortir les bras et la tête par la vitre, d’être en possession ou sous l’emprise de l’alcool, du tabac à chiquer ou d’herbe. Il y a même un panneau qui répertorie très concisément le nombre de places assises et le nombre (néant) de places « debout ». D’autant plus inutiles qu’aucun d’eux ni aucun de nous n’a respecté ou osé faire respecter ces mots qui sont devenus une décoration folklorique.

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Que serait une société sans sa musique ? Dans les bus, elle est aussi large en éventail de genres que forte en volume. Il y avant tout la musique que passe l’autoradio (Pioneer SVP). C’est la bande originale officielle du bus qui est plus remarquable par son volume à se briser les tympans que par sa qualité variable. Tout près de l’autoradio, vous verrez souvent un cure-dents poussiéreux vieux de 5 jours. Que le conducteur aime à mâchouiller ou mettre au coin de ses lèvres après le déjeuner. Mais pour ne rien arranger, si la musique officielle n’est pas au goût d’une des sardines, ce poisson huileux va mettre son téléphone en haut-parleur et envoyer sa playlist, dans la plus saine émulation culturelle. Le son sera plus saturé et plus aigu mais chacun entendra le mix pittoresque que ces deux musiques superposées fera.

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J’avais parlé de poisson huileux. Poisson à cause des odeurs qui s’en émanent les jours de pluie ou de fortes chaleurs : des effluves aigres-doux ou carrément acides d’aisselles, de vêtements moites, et même d’organes plus cachés. Couplés à l’odeur de graines d’arachide quand il fait froid, cela donne un cocktail qui fait remonter la bile. Huileux ensuite parce que vous avez déjà remarqué ces vitres sur lesquelles une tête s’est posée, endormie par le doux cahotement. Il y a a comme une surface floue au milieu de cette vitre, avec des restes de cheveux, de sueur, de sébum ou que sais-je encore.

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Il y aura toujours l’agent secret. Celui ou celle qui ne cessera de scruter ce que vous écrivez sur l’écran de votre téléphone. Pourtant quand le sien sonnera, il dira, avec flegme au vu et au su, qu’il est déjà à Analakely alors que le bus est empêtré dans les bouchons d’Andravoahangy. Son appel fini, il sortira son journal à sensations avec les titres les plus farfelus : elle a changé le sexe de son mari en serpent, le bébé est né avec 4 yeux, comment garder sa chatte serrée. Puis de temps en temps, il se curera le nez en regardant ce qui en sort, et vous le verrez aussi.

Et en bonus, il y aura l’ange déchu: femme de la rangée centrale sur le strapontin de fortune. Pantalon taille basse moulant, tee-shirt ou chemisier court. Tu verras son string dépasser du pantalon. Avec la fausse dentelle en train de partir en couilles. Et en parlant de couilles, les tiennes seront déçues par ce spectacle désolant qu’elles retrouveront leur consistance d’origine : ratatinées. Florilèges du ne-pas-savoir-vivre, les bus sont comme ces hôpitaux dans lesquels on patiente. C’est moche, ça pue, on peut y attraper des maladies, mais les gens qu’on y croise sont d’une drôlerie impayable.

Peste, degré 2

La mort masquée a frappé un grand coup sur le revêtement boisé du sol de ce palais des agôns. Sur cet épicentre, le bruit assourdissant des vivas du public a laissé place à un son nettement moins glorieux. Un huis clos qui fait entendre distinctement le crissement insupportable des semelles et le rebond de la balle qui se mue en glas, comme pour rappeler le caractère mortifère de cette plaie. Mais la déflagration de ce coup donné à Mahamasina a provoqué des remous moins subtils dans un autre palais. Celui des primats. Ou des primates, c’est selon. Là-bas, le silence a été déchiré par une valse à contre-temps cacophonique de sirènes bleues et rouges. Preuve que ce gouverne qui ment de Mahazoarivo prend enfin au sérieux poumons et éventuels bubons. Preuve qu’il est capable de ressentir de la honte.

P _ S _ _ (jeu du pendu de circonstance, post-scriptum de légèreté):
Singeant un Camus qui a dépeint l’isolement d’Alger, les seules préventions que je prodiguerai seront de fuir (comme la « … », vous connaissez l’expression) les conversations et les pseudos qui comportent le mot « puce » (« coucou ma puce », « pupuce » par exemple) et de vous mettre à distance des postillons de vos semblables. Valables sur les réseaux sociaux et dans la vie réelle, cela va sans dire.